9 juillet 2014 3 09 /07 /juillet /2014 21:11

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Discours de clôture de la 3e Grande Conférence sociale pour l'emploi

 8 juillet 2014

Mobiliser tous les leviers pour l’emploi 

L’emploi donc. C’est la première priorité. Car c’est aussi la première préoccupation des Français. Et cette bataille pour l’emploi, nous devons la gagner.

A. Emploi des jeunes

Nous le devons d’abord pour notre jeunesse. Et cela commence par l’éducation. Pour la première fois, la question de l’éducation et de l’insertion professionnelle des jeunes a fait l’objet d’une table-ronde. C’était attendu, je le sais, par nombre d’entre vous. Je remercie Benoît HAMON et Najat VALLAUD BELKACEM de l’avoir proposé. Je me félicite aussi de la présence des organisations lycéenne et étudiantes. De vos échanges, il ressort une idée simple : les formations doivent être mieux adaptées à l’évolution des emplois et des compétences dans les entreprises.

Pour cela, il y a une solution : mieux associer les professionnels à la conception et à la rénovation des diplômes. Un binôme salarié-employeur, au sein des commissions professionnelles consultatives, pourrait ainsi rédiger le référentiel des activités et des certifications professionnelles.

Cela suppose – et c’est exigeant – que les professionnels expriment plus clairement leurs besoins en matière de formation et de compétences. Je pense, par exemple, au Conseil national de l’industrie en lien avec les comités stratégiques de filières et les 34 plans industriels.

Il faut, également, accélérer et simplifier le processus de rénovation des diplômes qui prend, aujourd’hui 18 mois ! C’est trop long ! Nous sommes tous d’accord pour progresser dans ce domaine.

L’adaptation des formations est nécessaire. Elle doit s’accompagner d’une meilleure aide aux jeunes en matière d’orientation.

C’est l’objet du parcours individuel d’information, d’orientation et de découverte du monde économique et professionnel. Il va être expérimenté dès la classe de 5ème, en y associant les acteurs économiques et les partenaires sociaux.

Nous devons également favoriser l’esprit d’initiative et l’envie d’entreprendre et ce, dès l’école, c’est-à-dire bien avant l’enseignement supérieur.

L’Etat développera ainsi par établissement, par réseau d’établissements, des pôles de recueil d’offres de « périodes de formation en milieu professionnel » et de stages. Nous aurons besoin de l’investissement des professionnels pour réussir.

La lutte contre les sorties du système éducatif sans qualification doit également tous nous mobiliser.
Le Président de la République en a parlé hier. La loi sur la refondation de l’école prévoit un droit au retour en formation des 16-25 ans sans diplôme et sans emploi. Il s’agit de le mettre en œuvre. Le programme du service civique pour les jeunes décrocheurs peut être un levier utile : il sera doublé en développant l’implication des missions locales.

Un accompagnement précoce des étudiants en situation d’échec est aussi souhaitable, et doit être développé avec un engagement tripartite. D’abord, du jeune lui-même, pour se réorienter. Ensuite, de l’enseignement supérieur qui doit apporter l’appui d’un tuteur pédagogique. Et enfin, de l’entreprise qui offre stage et période
d’immersion professionnelle.

Je sais qu’ici dans cette salle nous en sommes tous persuadés : pour les entreprises, les jeunes ne sont pas une charge mais un investissement, tout simplement parce qu’ils sont l’avenir de ces entreprises, comme ils sont l’avenir du pays !
Nous avons tous une responsabilité : partenaires sociaux, collectivités, en particulier les régions, et l’Etat.
L’Etat y contribuera davantage grâce à une mobilisation exceptionnelle des fonds européens à hauteur de 160 millions d’euros sur deux ans pour les jeunes en grande difficulté :

  • avec un accompagnement spécifique supplémentaire de 65 000 jeunes par Pôle emploi ;
  • avec la mobilisation du dispositif CIVIS, renforcé pour 68 000 autres, dans les régions où le taux de chômage des jeunes dépasse 25%.

Je veux insister sur le dispositif garantie jeunes qui est une allocation financière indispensable pour les besoins élémentaires, mais aussi et surtout un accompagnement renforcé vers la formation et l’emploi. Ce dispositif est actuellement expérimenté dans 10 départements. Son bilan est positif. Je propose d’accélérer avec l’objectif de 50 000 jeunes dès 2015 pour aller vers 100 000 en 2017.

Autre sujet, mais sujet essentiel, qui concerne aussi l’emploi des jeunes : la lutte contre les discriminations.
Malheureusement, pour certains jeunes, le diplôme ne suffit pas pour accéder à un emploi. D’autres obstacles se dressent devant eux : la couleur de leur peau, la consonance de leur nom. C’est inacceptable, et cela affaiblit notre pacte républicain.

Je sais que la partie patronale redoute un dispositif contraignant pour les entreprises. Mais je le dis très clairement : là aussi nous devons avancer ! Un groupe de travail se réunira dès la rentrée. Des initiatives positives, des pratiques innovantes existent, elles doivent se généraliser, et nous verrons pragmatiquement comment aller plus loin. Y compris, s’il le faut, par la loi. Beaucoup de pays – pourtant très libéraux au plan économique – sont beaucoup plus drastiques que nous sur ces questions.

B. Emploi des seniors et des chômeurs de longue durée

Si débuter son parcours professionnel est souvent compliqué, l’achever dans de bonnes conditions l’est tout autant.

En un an, le chômage des plus de 50 ans a augmenté de 10%. De même le chômage de longue durée s’est élevé dans des proportions inquiétantes depuis plus de 5 ans.

Nous devons lutter contre ce cercle vicieux qui prive les entreprises de compétences utiles et qui place – souvent durablement et parfois définitivement – des femmes et des hommes hors du marché du travail, alors qu’ils ont encore à apporter à notre pays, à notre économie.

Pour les seniors, un plan d’action spécifique – dont vous avez discuté – sera mis en œuvre par le ministre du Travail :

Pôle emploi étendra son accompagnement renforcé, pour qu’il concerne 270 000 demandeurs d’emploi particulièrement éloignés de l’emploi, soit 80 000 de plus qu’aujourd’hui.

les contrats d’insertion dans l’emploi, pour l’embauche dans le secteur marchand, seront concentrés sur les seniors, les chômeurs de très longue durée et les personnes handicapées. Le Président de la République a indiqué que 80 000 de ces CIE seront déployés en 2015.

• Mais vous l’avez dit il nous faut aussi innover : la fin de carrière peut aussi être l’occasion de créer son entreprise ou d’accéder à d’autres formes d’emploi. Je pense au groupement d’employeur ou au portage salarial. A ce titre, l’accord majoritaire qui l’encadre devra trouver une nouvelle base législative avant la fin de l’année 2014.

L’alternance – je vais y revenir – peut aussi jouer un rôle pour les salariés âgés au travers d’un contrat de professionnalisation « nouvelle carrière » qui sera créé. Vous partenaires sociaux, vous pouvez prendre l’initiative dans ce domaine, en vous inspirant également des travaux du réseau ALERTE. Louis GALLOIS vous y a engagés, hier, et vous en avez discuté encore ce matin dans la table ronde « emploi ».

Une négociation interprofessionnelle sur les demandeurs d’emploi de longue durée pourra s’engager dès la rentrée. Je propose que pour amorcer celle-ci le ministre du Travail organise une rencontre entre les partenaires sociaux et les associations du réseau ALERTE pour en déterminer les priorités, notamment :

  • faciliter l’accès à la formation en vue d’un recrutement rapide ou d’une reconversion professionnelle ;

  • lever les freins à la reprise d’emploi en agissant notamment en matière de mobilité, d’accès aux transports, ou encore de lutte contre l’illettrisme ;

  • enfin, enrichir et de diversifier l’accompagnement des demandeurs par un développement des contacts avec les entreprises.

C. Un plan de relance pour l’apprentissage

J’en viens à l’apprentissage. L’évolution récente est préoccupante : les entrées en apprentissage reculent, et il y a aujourd’hui moins d’apprentis qu’il y a un an. C’est bien sûr avant tout un reflet de la conjoncture générale de l’emploi, mais sans doute pas seulement. Nous ne devons pas accepter cette régression, alors qu’au contraire il faut faire davantage, même en période de moindres créations d’emplois.

J’entends parfois des chefs d’entreprise évoquer la « prise de risque » que représente l’embauche d’un apprenti. OUI, c’est un pari ! OUI, cela peut être compliqué d’avoir à forger la première expérience d’un jeune parfois désorienté ! Mais quelle richesse au final ! Combien de membres de vos organisations ne seraient pas ce qu’ils sont aujourd’hui si un patron, un jour, n’avait pas eu le courage de franchir le pas ?

Alors, il nous faut agir ! Le Président de la République a fixé un objectif : 500 000 apprentis en 2017. Et il a proposé, à la suite de nos échanges d’hier après-midi, la tenue d’une réunion à haut niveau - au mois de septembre - pour lever tous les obstacles structurels qui freinent la progression de l’apprentissage.

Les leviers à actionner s’inscrivent dans le temps d’une réforme en profondeur, initiée par la réforme du financement de la loi du 5 mars 2014 et qui doit se prolonger dans d’autres domaines :

  • en premier lieu, le rôle de l’Education nationale. Vous en avez parlé dans la table ronde dédiée. Il faut d’abord continuer d’œuvrer pour changer l’image de l’apprentissage. Et pour mieux l’intégrer au parcours éducatif et à la politique d’orientation à tous les âges.

Nous devons nous fixer l’objectif d’augmenter le nombre d’apprentis formés dans les Etablissement publics locaux d’enseignement, en passant de 40 000 à 60 000. Mais l’éducation nationale doit aussi orienter davantage vers l’apprentissage et elle associera les professionnels, salariés comme employeurs, à la construction et à l’évolution du contenu des formations

  • deuxième levier structurel, le développement de l’apprentissage dans le secteur public. Le Président de la République en a parlé hier. Aujourd’hui, l’apprentissage y est extrêmement peu présent, 700 apprentis seulement dans la fonction publique de l’Etat.

L’objectif est simple : il faut faire beaucoup, beaucoup plus : 10 000 à la rentrée 2016 a proposé hier le Président de la République. 15 fois plus en deux ans. C’est extrêmement ambitieux. Pour cela nous lèverons les contraintes de gestion qui bloquent aujourd’hui le développement de l’apprentissage dans la fonction publique d’Etat. Ainsi, les schémas d’emplois qui s’imposent aux ministères n’intègreront plus les apprentis.

  • troisième levier structurel, le cadre réglementaire applicable aux embauches en apprentissage, en particulier des jeunes mineurs, pour concilier au mieux la prise en compte de leur jeunesse, ce sont encore des adolescents, et des contraintes qui reposent sur les employeurs ;

  • dernier levier enfin, la question du statut des apprentis, en particulier de leur rémunération.

Sur ces points structurels, le rendez-vous de septembre fixé par le Président de la République permettra d’enregistrer les premières avancées suite à vos échanges de ce matin et d’accélérer leur mise en œuvre.

Mais sans attendre, il nous faut nous mobiliser pour réussir la rentrée de l’apprentissage et engager le mouvement qui doit nous permettre d’atteindre l’objectif de 500 000 apprentis. Pour cela, plusieurs mesures financières seront mises en œuvre :

  • 100 millions d’euros issus des fonds européens seront dédiés dans les deux ans qui viennent à l’insertion des jeunes, en particulier les apprentis. Des appels à projets permettront d’aider les jeunes face aux problèmes très concrets qu’ils rencontrent : permis de conduire, hébergement, financements des premiers équipements.

  • par ailleurs, 80 millions d’euros financeront de nouvelles formations et l’augmentation des capacités d’hébergement dans le cadre du programme d’investissements d’avenir.

  • enfin, comme vous le savez, les branches professionnelles doivent négocier pour fixer des objectifs de développement de l’apprentissage. L’Etat est au rendez-vous de l’apprentissage et je vous annonce que 200 M€ supplémentaires seront dégagés et votés dès la semaine prochaine pour appuyer ce mouvement :

  • en premier lieu, pour étendre le potentiel des employeurs d’apprentis et inciter des chefs d’entreprise à recruter pour la première fois un apprenti, une aide de 1000 euros par apprenti sera mise en place dans les secteurs professionnels où un accord de branche aura été conclu. C’est une incitation forte pour les chefs d’entreprises, qui s’ajoutera aux aides existantes dans les TPE ; c’est une incitation forte à parvenir à un
    accord ;

  • en deuxième lieu, ces crédits permettront de dégager des moyens supplémentaires pour le développement quantitatif mais aussi qualitatif de l’apprentissage : nous stabiliserons la répartition de la taxe d’apprentissage pour conforter le rôle des régions et donner plus de marges aux entreprises et aux
    branches. Naturellement ces dernières devront s’engager sur de véritables contrats de progrès : augmentation du nombre d’apprentis, mais aussi valorisation et formation des maîtres d’apprentissage, accompagnement des CFA pour trouver des employeurs, prévention des ruptures, mixité des recrutements, embauches de jeunes
    issus des zones urbaines sensibles, etc.

Ainsi, tous les outils seront en place pour réussir pleinement le développement de l’apprentissage.

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Published by Aurore Boréale
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commentaires

Jean-Pierre NGUYEN 13/07/2014 16:31

Bonjour à toutes et à tous,

Si l'on reprenait l'intervention du Premier Ministre Monsieur VALLS, on constate que ce discours est dans la droite ligne de la méthode Coué chère à tous nos politiques.

En filigrane ce texte montre ignorance crasse de la formation initiale et de la formation continue mais surtout le refus de mesurer l'effort financier de l'Etat qu'il faudrait engager pour
satisfaire ce programme.

Redonner à l'Education Nationale les moyens d'assurer ce socle minimum pour permettre aux jeunes d'avoir les bases élémentaires pour pouvoir acquérir des savoirs professionnels.

Combien couterait la remise en place du Certificat de Fin d'Etudes Primaires ?

Alors que l'on voit des centaines de milliers d'analphabètes et d'illettrés dans nos agences à la recherche d'un emploi. Nous recevons chaque jours des "anciens" de plus de 50 ans incapables de
lire un texte simple et de le comprendre car ils n'ont plus lu le moindre livre ou journal depuis 35 ans.

Combien couterait la remise en place du Brevet d'Etudes Professionnels ?

Que l'Education Nationale n'assure plus depuis cinq ans !

Et revient sur le devant de l'actualité l'abandon du Brevet des Collèges jugé trop cher par le Ministère de l' Education Nationale !

Nous savons tous à Pôle-Emploi qu'une telle mesure entrainera de fait l'arrivée de 150.000 jeunes chaque année sans aucun diplôme sur le marché du travail.

L'apprentissage et l'alternance deviendrait les deux mamelles de la France du 21° siècle pour permettre à l'activité économique de repartir ?

Mais quelles conneries !

Ce n'est pas avec cela que l'industrie, le commerce, la finance et même l'agriculture va embaucher les jeunes sans formation, les "vieux" dépassés par la technologie, les handicapés physiques et
mentaux par un élan de solidarité nationale.

Monsieur le Premier Ministre veut que Pôle-Emploi assure l'orientation des six millions de chômeurs alors que l'on arrive déjà pas à assurer correctement l'indemnisation (indus et contrôles) et le
placement(prestataires et faiblesses des offres recueillies).

La seule chose de positive sur l'année 2013 à Pôle-Emploi fut le résultat comptable : Bénéfice de 68 millions d'euros grâce au blocage des salaires de 95 % des salariés de PE en faisant croire que
les syndicats avaient refusé de "négocier".

Bon courage à toutes et à tous,

Jean-Pierre NGUYEN

Jacques Heurtault 12/07/2014 11:11

Oui, Jean Pierre! Mais je souhaitais dire à quel point je suis parfois désabusé ... et sans illusion désormais!

Jean-Pierre NGUYEN 12/07/2014 10:03

Jacques,

Evites de parler de cette triste histoire !

Comme moi, tu es né après la deuxième guerre mondiale.......

Bonne journée,

Jean-Pierre NGUYEN

Jacques Heurtault 12/07/2014 00:58

A partir du 20 Août 1944, il ont commencé à changer de camp et le basculement a été total à partir du 25 Août 1944 à Paris ... Mais, au début Décembre 1944, après l'offensive nazie dans les
Ardennes, ils étaient (à Paris!) prêt à changer, à nouveau, de camp! Ils pensaient que les Allemands seraient de retour à Paris pour Noël...

Jacques Heurtault 12/07/2014 00:54

Non! Ce n'est pas de la lâcheté ... C'est une tendance naturelle à se ranger du côté du plus fort ... Il parait que les Français ont connu ça en 1940 puis en 1944! Et même jusqu'en Juillet 1944 ...
plus de 200.000 manifestants à Paris pour soutenir Pétain! Il parait que les Alliés bombardaient les populations civiles!

Aurore-Boreale@orange.fr

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