15 janvier 2014 3 15 /01 /janvier /2014 19:50

 

policemploi2.jpg

Rue 89  15 janvier 2014

A Pôle emploi : « Vous vivez sur quelle planète ? Vous souriez encore ! »

Antoinette, journaliste de 50 ans, n’a pas du tout trouvé ce qu’elle cherchait en s’inscrivant à Pôle emploi. Au lieu de l’aider à monter sa boîte, sa conseillère l’a démoralisée : « Notre pays est en crise ! »

J’ai 50 ans dont 27 consacrés à l’écriture, au journalisme, d’abord de guerre puis culturel et social, aux livres et à la communication. Après avoir assuré une longue correspondance à l’étranger, je suis rentrée en France avec plein d’idées et d’énergie…

J’avais envie de créer une petite structure, avec d’autres journalistes et photographes qui, comme moi, veulent continuer à faire ce qu’ils ont toujours fait, qu’ils aiment faire et qu’ils font tant bien que mal depuis belle lurette… même si le chèque à la fin du mois est souvent trop bas. On s’accroche, parce qu’on aime ce qu’on fait.

Making of
Antoinette est le pseudonyme d’une journaliste que je connais bien et dont je peux assurer qu’elle a une énergie, un sourire communicatifs et à toute épreuve.
   
Blandine Grosjean

 

A 50 ans, on se crée son propre emploi, surtout lorsqu’on a l’énergie et l’envie de le faire. On ne cherche pas un poste en envoyant un CV, on propose, on monte des projets en équipe, on imagine des rôles, des activités.

Une amie m’a conseillé de m’inscrire à Pôle emploi à Paris. Non pour en recevoir une quelconque aide financière (j’estime que le revenu minimal est réservé à ceux qui sont au bout du rouleau, et non à des gens comme moi qui sommes – encore – en train de monter et de proposer des projets), mais pour y trouver un conseil. Seulement un conseil.

A la recherche de conseils pour une formation

Créer une boîte nécessite sans doute une formation – ne serait-ce que pour comprendre comment on gère une entreprise. Une formation que je me payerai d’ailleurs, considérant qu’il s’agit d’une sorte d’investissement … Je me disais qu’un conseil serait bienvenu pour trouver une « bonne » formation, et je ne savais pas où l’obtenir : le métier de journaliste m’a fait découvrir beaucoup de conditions humaines en France et ailleurs, mais ne m’a pas forcément amenée à fréquenter les lieux de formation.

J’ai réussi à avoir un rendez-vous avec une conseillère à Pôle emploi vers la fin 2013. J’étais venue avec mes livres, pour montrer ce que j’avais déjà fait, et lui définir ce que je cherchais, lui avais mis noir sur blanc ce que j’avais réalisé en 27 années de métier, sous forme d’une liste d’activités, pas un CV ciblé. Et en m’asseyant dans son bureau, j’étais toute à l’écoute…

« Il faut envoyer des CV ! Des-CV ! »

Je m’attendais à tout, sauf à l’agressivité que j’essuyai en guise de réponse. L’agressivité d’une femme au bout du rouleau, incapable de me répondre simplement, qui n’avait de cesse de m’atteindre pour que je ne sorte pas de là avec le sourire que j’avais en entrant.

Pourquoi ? Parce que le seul fait que j’ose venir la voir avec un projet qui semblait la remettre en cause, attisait son mal être, donc sa colère. « Ça ne vous sert à rien, une formation, et votre projet non plus ne sert à rien », me lançait-elle à répétition.

« Vous vivez sur quelle planète, madame ? Notre pays est en crise ! Il faut envoyer des CV ! Des-CV ! A des associations surtout. Elles reçoivent des aides pour embaucher des gens de plus de 50 ans comme vous. »

« A votre âge, quand même ! »

C’était l’inverse de ce que je proposais : je ne demande pas à une association de me prendre en charge, je cherche à travailler en valorisant ce que je sais faire, d’autant que je me suis rendue compte, en allant dans des salons professionnels, qu’il existe des attentes et un véritable intérêt pour mon projet…

Puis l’excitation a augmenté d’un cran.

« Je ne comprends pas que vous souriez encore ! »

Elle était furieuse pour le CV, qui n’en était pas un. Puis c’est devenu un vrai procès... de la journaliste que j’étais peut-être : la veille, un documentaire était passé à la télévision, qui parlait des relations peu amicales au sein d’une équipe de Pôle emploi, près de Paris. Sans doute l’avait-elle regardé…

Je sais que les personnes qui font des monologues agressifs dans le but de démolir quelqu’un – inconsciemment peut-être –, sont en train de cacher leur peur, voire leur désespoir. Mais sur le coup, je n’étais pas en train d’analyser son attitude, j’écoutais, effarée par l’état de ma conseillère qui usa de tous les arguments, même celui de l’âge, pour tenter de me faire plier :

« A votre âge, quand même ! Vous n’êtes pas bête, vous avez les moyens de comprendre, vous savez que j’ai raison ! »

« Moi, je reçois des gens qui ont faim »

Lorsque je la questionnai sur le pourquoi d’un tel énervement, elle eut un petit recul, une prise de conscience peut-être, mais continua sur sa lancée :

« Moi, ici, je reçois des gens qui ont faim, des gens qui font n’importe quoi pour travailler, pour gagner de l’argent... Vous, si vous voulez travailler, il faut que vous changiez de métier, que vous alliez à La Villette, où il y a un centre d’orientation. Regardez les métiers de la vente, le commerce, les boutiques de vêtements… là, il y a du boulot pour vous ! »

En sortant du bureau j’ai observé les gens qui m’entouraient.

« Vous avez trouvé quelque chose, vous ?

– Oui, une allocation. Pas grand-chose.

– Un emploi ?

– Non… Pas vraiment… »

Pas très en forme, je parle de cette mésaventure à des amis, des parents-d’élèves, des profs, des vendeurs aussi… ils pouffent de rire : Pôle emploi, mais ce n’est pas là qu’il faut aller quand on veut rebondir ! Tous ceux qui connaissent en sont sortis diminués, avec une impression très semblable à la mienne. Jamais avec le sentiment d’avoir eu un échange digne de ce nom.

La pression des agents de Pôle emploi

Après avoir traversé la case Pôle emploi, j’ai cogité. A ma demande, à la réponse de la « conseillère », à son état psychologique. Au fait qu’il existe quelque chose de profondément malsain dans ce système.

Ce n’est pas possible qu’on entre dans un bureau pour l’emploi dans le but de demander un conseil et qu’on en ressorte complètement anéanti par la personne censée vous guider. Pas possible que l’institution fonctionne avec des agents-victimes d’une pression interne qui ne porte pas son nom.

  • Est-ce uniquement si vous arrivez en pleurs à Pôle emploi que l’agence vous envoie vers d’autres petits boulots qui ne font que déplacer le problème en le déguisant ? Est-ce la « réponse » de l’une des principales institutions de l’Etat, chargée de l’un des plus gros problèmes, le chômage, auquel doit faire face notre société aujourd’hui ?
  • Est-ce fait ainsi pour que vous ne releviez jamais vraiment la tête ?
  • Démunis, désorientés, les agents de Pôle emploi ont-ils les moyens de répondre à des personnes qui ont encore l’envie et/ou la force de réagir ? Est-ce que le manque de moyens ne crée pas une énorme frustration ? Pôle emploi est-il capable de supporter que vous arriviez la tête encore haute ?
  • A quoi sert vraiment Pôle emploi ? Et pour qui fonctionnent ses agences ? Pour tous les demandeurs et « proposeurs » d’emploi ? Vraiment pour tous ? Les agents sont-ils à même de les guider vers un travail qui corresponde à leur vrai savoir-faire et qui de ce fait en fasse des travailleurs motivés et des citoyens participatifs à la vie d’une nation ?
  • Les agents ont-ils uniquement les moyens de répondre par des aides financières ? Sont-ils formatés à prescrire des aides financières comme on donne une tranche de jambon à un végétarien affamé (c’est-à-dire inadaptée) au lieu de montrer des pistes pour que la personne se voie dans la capacité de redémarrer, de se repositionner, de se définir un rôle à lui au sein de la société ?
 

Partager cet article

Repost 0
Published by Aurore Boréale
commenter cet article

commentaires

Mad 12/02/2014 09:33

Ouais, bof... un peu de parti pris même si ça peut refléter une certaine réalité...
"Tous ceux qui connaissent Pole Emploi en sont ressortis diminués...", un vrai poncif... et tellement facile...la faute à qui s'ils se sentent diminués? Au licenciement ou à Pole Emploi?

Jacques Heurtault 25/01/2014 00:34

Le commentaire de Néo fait froid dans le dos ...

chico 23/01/2014 18:50

Je n'aurais pas écrit mieux à deux cent mille pour cent ok avec toi est tu as raison bienvenu dans la MATRICE
ou les MR SMIHT sont des CLOWNS tous des LECHES BOULES
la je dérape mais un jour peut-être nous aurons notre
bonne ORACLE

neo 21/01/2014 09:02

Rentré à l’ANPE au début des années 1980 comme prospecteur placier , je me souviens qu’on m’offrait du champagne et des chocolats à Noel , et ce n’était pas notre « généreuse » hiérarchie qui était
à l’origine de cette attention , mais d’ex demandeurs reconnaissants de leur avoir trouvé du travail. Et oui notre boulot à l’époque c’était vraiment de trouver du boulot aux gens. On avait notre
bac de F19 à gérer entre les , les B4 , B13 et zaïrois qui débarquaient en nombre à qui on proposait qd même à l’ouverture de l’agence et à la « criée » dans la salle d’accueil, des offres de manut
, on s’ennuyait pas .
Entre le LSO , les EI , entretiens initiaux , et les prospections on trouvait toujours un moment pour recevoir celui qui avait loupé son rendez vous , conseiller le paumé de service, Ou le déprimé
du jour … bref on faisait dans l’humain , on faisait dans « l’authentique « comme disait Auteuil dans « jean de Florette »….Bien sur il y avait les branleurs (euses) patentés, les malades 9 mois
sur 12 , les gens qui dépensaient une énergie folle à rien foutre et ceux qui se défonçaient chaque jour pour Autrui …. Puis on a commencé à faire du traitement de masse et des statistiques , Nos
premiers PC , les vieux Bull auraient du nous faciliter la tâche , mais non, on s’est enfermer dans les procédures informatiques et les stats … Au milieu des années 90 le mal était fait …. J’ai
quitté ce métier qui n’avait plus de sens à mes yeux . aujourd’hui encore je suis effaré quand je vois des entretiens filmés ou le demandeur cherche à accrocher désespérément le regard du
conseiller qui reste imperturbable les yeux rivés sur son écran à vouloir mettre ce DE dans la bonne case … !! Aujourd’hui à Pole emploi on est dans le paroxysme de l’absurde . On fait dans le SM9
… Tu peux plus demander qq chose à un collègue par tel , tu fais un SM9 …. Et on te réponds , « on va demander au national « Pour le DE aussi c’est absurde quand il arrive à l’accueil pour prendre
un rv et qu’on lui demande de prendre le tel qui est juste la , accroché au mur , de faire le 3949 pour tomber sur une plateforme qui va lui donner un RV avec le conseiller qui est juste à côté de
lui … (SIC) . … !!! Tout est formaté , standardisé, politisé à l’extrême, Avec la fusion ,on a doublé le nombre de nos hiérarchiques, c’est comme ca qu’on a des « adjoints au directeur « , et « des
directeurs adjoints « ….. Comment voulez vous qu’on nous prenne au sérieux !...
On fait dans le PPS qui demande une formation d’énarque pour le comprendre , c’est comme des tableaux de Picasso , on ne sait même pas dans quel sens faut les regarder (cf les comptes rendu de
séminaire sur pole emploi 2015 ), ou les projets référentiel des métiers). On fait dans l’Audit , Le contrôle OCEAN
Ca fait moderne , mais ca sert à rien , pour exemple je me souviens de ces contrôles Océan sur des exigences administratives abandonnées l’année suivante …. Que de temps perdu !!! Aujourd’hui , tu
parles plus à ton hiérarchique tu fais un EPA …. Alors quand en plus ton supérieur s’amuse à le trafiquer , qu’elle rajoute des commentaires alors que tu l’as déjà validé , on atteint des sommets
dans l’hypocrisie et l’incompétence ( oui, oui, ca existe , je l’ai rencontré ) .
Triste tableau me direz vous , mais que faire, Pole emploi est à l’image de ceux qui nous gouverne , le vers est dans le fruit depuis trop longtemps ,
Bienvenue dans la matrice !!


NEO

Baygonvert 18/01/2014 14:23

Oui Aliénor. Cette évolution n'est pas un hasard, mais elle ne concerne malheureusement pas que Pôle Emploi. L'individualisation des relations sociales nous mène tout droit à un futur de type "Mad
Max".

C'est pour cela qu'il faut entrer en résistance: cette individualisation n'est pas une fatalité car la notion de solidarité devient de plus en plus incontournable à la survie même de notre
civilisation (crise financière, crise écologique...) Relevons donc notre tête avec celles des usagers et, forts des combats du passé, faisons front pour nos valeurs au quotidien, sans pour autant
tomber dans la caricature de l'incantatoire idéologique.

J'ai de plus en plus l'impression de ressembler à Albator au taf, heureusement pour moi je picole pas autant. Il faut tenir bon et ne jamais baisser les bras. Amitié et respect à tous ceux qui ont
le courage d'y croire encore: ils ne sont pas seuls, et ce sont les petits ruisseaux qui font les grandes rivières.

Aurore-Boreale@orange.fr

  • : pull.over-blog.fr
  • pull.over-blog.fr
  • : Je suis une jeune salariée de Pôle emploi. aurore-boreale@orange.fr
  • Contact

Doc en ligne

 

convention tripartite

La convention tripartite Etat-UNEDIC-Pôle emploi

 

Cour-des-comptes.jpg

Rapport sur la sous-traitance    

 

 

 

 

Iborra.jpg

Le rapport Iborra sur le SPE (texte intégral)

 

PE-copie-2

 LE BUDGET 2013 DE POLE EMPLOI

 

 

 

 

 

  UNEDIC.jpg

Utile et pratique 

 

CHARPY.jpg

 

    texte intégral (gratuit)

 

 

Ce livre est dédié aux agents de Pôle emploi et à ceux qu’ils accompagnent chaque jour.

  (Christian Charpy)

 

 

CCN.jpg

La Convention Collective Nationale

 

 

INA.jpg

Histoire de l'Assurance Chômage (VIDEO INA)


Recherche