Ses explications à la barre n'ont pas été claires jeudi. Les jugeant confuses, le ministère public a requis jeudi trois ans d'emprisonnement dont quatre mois ferme à l'encontre d'un homme qui avait pris en otage, en octobre 2011, deux dirigeants d'un agence Pôle emploi de la rue Pelée dans le 11ème arrondissement.  Le prévenu qui a déjà passé quatre mois en détention provisoire ne retournera pas en prison si le tribunal correctionnel de Paris suit les réquisitions du procureur qui a réclamé une obligation de soins. Il devra attendre le 13 février prochain pour être fixé sur son sort, date à laquelle la décision a été mise en délibéré.

Le 17 octobre 2011, l'homme alors âgé de 45 ans s'était rendu dans l'agence de la rue Pelée en possession d'une arme factice. Il s'était ensuite enfermé dans le bureau de la directrice de l'agence Pôle emploi de la rue Pelée, avec elle et le sous-directeur. Il était resté près de cinq heures sur place, avant de se rendre en douceur aux forces de l'ordre.    

     

"Comme un criminel"

     

Le jour des faits, le chômeur avait contacté le site Rue89 par téléphone et envoyé un long courrier électronique reprenant ses revendications, décousues et sans lien les unes avec les autres. Il était notamment question de "la machine à broyer Pôle emploi", de l'inaccessibilité aux soins de santé pour un tiers des Français, des fermetures d'écoles ou des activités "ultra-sionistes" et du sort des Palestiniens.

A l'audience, cet homme de 47 ans a justifié son geste par les conditions d'une précédente visite à l'agence, qui l'avaient vivement contrarié. Lors de ce premier passage, après un malentendu, il avait pris à partie la directrice. Elle l'avait confié à un conseiller pour un entretien avant d'appeler la police, qui l'avait accompagné à l'extérieur de l'agence."Je me suis dit : vous pouvez vous retrouver comme un criminel simplement en essayant de faire avancer les choses", a expliqué l'homme à l'audience. "Aujourd'hui, je pense que c'était disproportionné, malvenu", a dit l'homme à l'audience, estimant que le geste pouvait "passer pour l'acte d'un déséquilibré".

Présents à l'audience, les deux dirigeants de l'agence ont fait part de leur traumatisme lié à ces faits. "Je ne savais pas du tout comment ça allait finir", a décrit la directrice de l'agence qui, affectée, est passée à mi-temps.

     

Un homme "égocentrique"

Le psychiatre qui a examiné le preneur d'otages lors de la procédure a évoqué une "personnalité complexe, où le narcissisme égocentrique côtoie l'altruisme autodestructeur".
Pour lui, "il n'y a pas de lien entre cette difficulté qu'il y a eu à Pôle emploi et ces faits. Ça vient d'autres éléments qui ont structuré sa personnalité", a-t-il ajouté, évoquant notamment le suicide de sa mère alors qu'il était adolescent. Dès lors, "il a un travail à faire (sur lui-même). Sans cela, il reste un risque", a fait valoir le représentant du ministère public. 

Pour Nathalie Senyk, qui défendait le preneur d'otage, le quadragénaire était"un homme fragile", "un homme fragilisé par la vie", "une boule de détresse". Il faudra maintenant que le prévenu attende quinze jours pour savoir s'il retournera ou pas en prison.