Je suis une jeune salariée de Pôle emploi. aurore-boreale@orange.fr
Le Monde 29 janvier 2014 (JB Chastand)
A Marseille Pôle emploi rechigne à aller dans les cités
« Pôle emploi et les missions locales sont un parcours du combattant pour nos jeunes. Mon fils y est inscrit depuis un mois, on ne lui a encore rien proposé », explique Soraya Larguem, membre du Collectif des quartiers populaires de Marseille, qui regroupe plusieurs associations intervenant dans les quartiers Nord. « Notre public est dans l'urgence, il a besoin de réponses rapidement, or Pôle emploi met toujours du temps à donner des solutions », abonde Sofiane Majeri, conseiller d'insertion dans le centre social Agora, situé dans la cité de La Busserine.
INCOMPRÉHENSION
Mais l'incompréhension est parfois bien plus fondamentale. Quand ils voient arriver des jeunes en retard, parfois sans même s'excuser, les agents de Pôle emploi ne peuvent pas s'enpêcher de penser qu'il sera difficile de les caser en entreprise. « Est-ce que des personnes qui ne prennent même pas la peine de s'inscrire à Pôle emploi cherchent vraiment du travail ? On peut se le demander. On est quand même situé juste à côté des cités », estime notamment Annie Lopez, la directrice de l'agence Carré Gabriel, située au cœur du 14e arrondissement, mais en dehors des cités.
« Pour certains jeunes, sortir de la cité pour aller à l'agence, même juste à côté, demande un effort psychologique souvent compliqué. Les jeunes des quartiers vont postuler là où il y a quelqu'un qui leur ressemble, or ce n'est souvent pas le cas à Pôle emploi, justifie en retour M. Majeri. Nous sommes seuls à gérer la frustration. » Sans compter que nombre de jeunes pensent que Pôle emploi ne leur servira pas à grand-chose, surtout face aux discriminations d'adresse ou d'origine dont ils estiment être victimes.
Si les personnels des missions locales viennent bien faire quelques permanences dans les cités, c'est avec pour objectif de ramener ensuite les jeunes dans les antennes officielles. De son côté, Pôle emploi ne s'y rend pas ou presque. Préfète déléguée à l'égalité des chances, Marie Lajus estime nécessaire de changer cela : « Il faut sortir les agents des agences, même si ce n'est pas toujours professionnellement très confortable. »
Depuis janvier, elle tente de convaincre les conseillers de faire des permanences dans les centres sociaux des quartiers difficiles. Si une première tentative a eu lieu le 21 janvier, l'expérience bute sur les réticences des agents. Une pétition de refus a circulé à l'agence Carré Gabriel. « Les agents ne veulent pas y aller pour des raisons de sécurité, même si les conventions prévoient des garanties », explique Mme Lopez, la directrice de l'agence. Pour l'instant, aucun conseiller de son agence ne semble prêt à aller faire une des neuf permanences prévues par Mme Lajus.
« Croire qu'on va résoudre les problèmes en mettant le service public de l'emploi dans les cités est une idée complètement fausse. Il faut que les jeunes comprennent qu'ils ne trouveront pas d'emploi en bas de leur tour. Notre rôle n'est pas d'aller chercher un jeune qui n'a pas l'intention de venir », abonde Brigitte Cavallaro, directrice de la mission locale de Marseille, qui conteste fermement que les jeunes qui veulent vraiment travailler échappent à ses services. Sauf peut-être ceux qui vivent du trafic de drogue. « On ne convaincra pas les délinquants de venir à la mission locale alors qu'ils peuvent gagner 300 euros par jour dans la rue », estime-t-elle.