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L'appel de Yves Clot: Repenser Pôle emploi

 

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Yves Clot

 

 

Dans Le Monde  7 mars 2013

 

Par Yves Clot, titulaire de la chaire de psychologie du travail du Conservatoire national des arts et métiers


Pôle emploi, une institution à repenser

On pourra dire que les suicides par le feu de chômeurs en fin de droits sont des drames personnels ou, au contraire, qu'ils sont le signe d'une crise sociale du travail portée par la mondialisation, comme on l'entend aussi. On pourra encore dire qu'on ne les comprend pas bien et qu'un "Observatoire" de plus serait utile pour préserver les plus vulnérables d'entre nous par une action éclairée. Un "volet humain" compléterait ainsi les politiques économiques en cours.

Mais soyons concret : ces immolations cherchent à rendre visible cette révolte en public. Ce sont des suicides de protestation. La Chine est le seul pays au monde où les femmes se suicident plus que les hommes : le suicide demeure une des armes de protestation dont elles disposent pour lutter contre le mépris traditionnel attaché à leur sexe.

Les suicides de chômeurs nous en disent plus sur l'état de nos institutions que sur le malheur des chômeurs. Les sociologues Christian Baudelot et Roger Establet ont proposé d'aller au-delà de Durkheim et de Freud pour expliquer les suicides dont l'intention vindicative est avérée. Quand les destinataires sont explicitement désignés par le choix des lieux, l'institution où prend ce feu est clairement visée.

Le 13 février, ce fut Pôle emploi. Son personnel, en mission impossible, est sans doute l'amortisseur principal de la crise de l'emploi. Mais après la fusion ratée de l'ANPE et de l'Assedic et au-delà de l'augmentation réelle des effectifs en 2012, si les agents amortissent le choc, c'est malgré l'organisation officielle du travail. Ils répètent, à tort ou à raison, que dans la course aux chiffres, ils passent plus de temps à prouver qu'ils travaillent qu'à aider les usagers.

 

LE MÉTIER S'EST ABÎMÉ


Cette tyrannie du chiffre est symbolisée par les radiations automatiques. Elles ont bondi de près de 25 % en décembre 2012. Beaucoup d'agents soutiennent que leur métier s'est abîmé et que la diminution des spécialistes, dans le maquis d'une réglementation proliférante, dégrade la performance : par des traitements de masse qui impliquent de degmenter les publics selon des standards rappelant la production industrielle. Pourtant ici c'est la relation de service qui définit la qualité du travail.

Dans son dernier rapport, le médiateur de Pôle emploi, Jean-Louis Walter, tire la sonnette d'alarme. Il préconise de mettre fin aux radiations automatiques pour un rendez-vous manqué. Il note aussi la bienveillance des agents. Mais il voit que la mansuétude à l'égard des usagers n'est plus partagée par tous.

En fait, les postures de métier plient sous la pression du réel, et le professionnalisme risque de se fendre. De leur côté, les associations de chômeurs veulent donner leur avis sans avoir l'accueil qu'il faudrait. Quant à la direction de Pôle emploi, elle expérimente dans son coin une organisation du travail pour faire  gagner du temps aux conseillers.

Elle repère en petit comité les "irritants", qui provoqueraient les grincements dans les agences. Les énergies sont dissipées.

On ne peut faire face aux drames du chômage – au-delà des choix politiques et économiques qui seuls peuvent permettre de le faire reculer – sans permettre à ceux qui sont en première ligne à Pôle emploi de refaire un travail soigné.

 

 LA BOULE AU VENTRE


Pour y parvenir, c'est l'institution qu'il faut soigner en levant un déni : la direction de Pôle emploi, les syndicats du personnel, les associations de chômeurs et le gouvernement lui-même n'ont pas les mêmes critères pour évaluer la qualité du travail dans les agences.

Les chômeurs s'y rendent avec la boule au ventre. Ils y retrouvent toutes ces contradictions réunies au même endroit. La responsabilité de ceux qui dirigent le service public de l'emploi comme de ceux qui font la convention d'assurance-chômage – le patronat avec une partie des syndicats – est d'instruire ces conflits sans tricher avec le réel.

Même dans l'urgence, il faut refaire l'institution ensemble. En acceptant de parler des différends sur la qualité du travail pour trouver les compromis auxquels nul n'a encore complètement songé.

 

Yves Clot, titulaire de la chaire de psychologie du travail du Conservatoire national des arts et métiers

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A
Il s'agit de Roger Firmin, Directeur régional adjoint (Direction de la Production) du Languedoc-Roussillon.<br /> Apparemment il aurait mis fin a ses jours aux alentours du 10 mars, mais je n'ai trouvé aucune communication sur l'intranet à ce sujet, même pas dans les actus de la région Languedoc Roussillon. La<br /> page intranet de la direction de la production, mise à jour le 20 mars, le fait toujours apparaître comme directeur.<br /> Le seul syndicat à s'être exprimé à ce sujet est la CFE-CGC, le 11 mars, mais en restant très flou sur les circonstances de son décès.<br /> Alors attention, j'insiste sur ce point : ce n'est pas parce qu'un collègue met fin à ses jours que c'est forcément lié à Pôle emploi. J'ai moi-même été témoin de tentatives d'instrumentalisation<br /> absolument dégueulasses par les syndicats suite à une TS d'une conseillère, en essayant de récupérer ça à des fins partisanes. Une déléguée du personnel l'a même reconnu en disant "c'est pour la<br /> cause". Et "pour la cause" on va dire n'importe quoi aux journalistes pour bien montrer que nos conditions de travail poussent les collègues au suicide. Franchement, pas la peine d'en rajouter et<br /> de faire du sensationnalisme : nous avons largement de quoi tirer la sonnette d'alarme sans besoin d'en rajouter. D'ailleurs sur la page du syndicat on peut lire "La CFE-CGC Métiers de l’Emploi<br /> refuse les conclusions hâtives et simplistes, que ce soit dans la recherche d'un coupable ou dans les tentatives malheureuses de culpabilisation et d’instrumentalisation".<br /> Je suis tout à fait d'accord.<br /> Ce que je trouve "questionnant" en revanche, c'est le silence absolu qui plane autour de ce décès. RIEN. Ni dans l'intranet, ni dans la presse, ni nulle part. Peut-être est-ce un souhait de la<br /> famille...<br /> <br /> http://www.pole-emploi-cfecgclr.fr/actualite/649-disparition-tragique-de-roger-firmin
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J
Jamais entendu parler de ce collègue qui s'est suicidé en Languedoc Roussillon ...<br /> Aurore, tu peux nous en dire plus? Merci!
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M
c'est sur que nous aussi on a la boule au ventre et on ne fait rien pour nous faciliter le travail. On nous enfonce tous les jours un peu plus. On ne parle pas assez des suicides à Pôle Emploi, on<br /> perd des collègues périodiquement. Regardez en Languedoc Roussillon la semaine dernière!!!!!!!on en parle pas ! quelle honte. Cet agent méritait qu'on parle de lui, qu'il repose en paix.
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M
trés bon article<br /> y a pas que les DE qui y vont "la boule au ventre"...............
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K
"Mais il voit que la mansuétude à l'égard des usagers n'est plus partagée par tous." dit Y. Clot à propos du médiateur.<br /> Je n'avais pas noté dans les déclarations publiques du médiateur de tels propos...il s'agit peut-être d'info personnelles de Clot.<br /> Quoiqu'il en soit c'est bien hélas ce qui se passe au quotidien et si les "anciens" de l'ANPE mais aussi de l'ASSEDIC ont l'impression de voir disparaître un monde sous leurs yeux et de ne plus<br /> reconnaître "la boite" c'est qu'un état d'esprit a changé chez les collègues eux-mêmes, et que ce n'est pas que du panurgisme.<br /> Puisse Clot être écouté quelque part...ailleurs qu'au gouvernement puisque Hollande a levé son masque flou : nous savons qu'il n'hésite pas à mettre en danger les collègues par des promesses de<br /> démagogue (un stage à tous dans les 2 mois ).
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