Des inégalités persistantes, mais lentement en voie de résorption. Tel est le principal enseignement des données portant sur le nombre de chômeurs par conseiller, qui ont été publiées pour la deuxième fois de son histoire par Pôle emploi, lundi 28 juillet. Après plusieurs mois de refus, l'organisme avait été contraint par une décision de la commission d'accès aux documents administratifs, saisie par Le Monde, de rendre publics ces chiffres sensibles une première fois en septembre 2013.
Pôle emploi s'était alors engagé à actualiser ces chiffres tous les six mois et à lutter contre les disparités territoriales qu'ils avaient révélées. Il aura finalement fallu en attendre dix pour obtenir la nouvelle livraison. Datées du 1er juillet, ces données montrent que les écarts entre la charge de travail des agences restent importants. Alors que la moyenne du nombre de chômeurs suivis par conseiller est de 117,2 sur toute la France, l'écart va ainsi de 40 dans l'agence guadeloupéenne de Morne-à-l'Eau à 275 dans celle de Plateau Caillou, à La Réunion.LA RÉUNION LANTERNE ROUGE
La Guadeloupe et la Martinique, qui avaient été exclues de la première publication, ont été cette fois-ci intégrées. Les départements d'outre-mer apparaissent à cette aune très mal dotés. La Réunion fait ainsi figure de lanterne rouge, puisque les huit agences les plus chargées du pays (plus de 230 chômeurs par conseiller) sont toutes situées sur l'île.
Neuvième du classement, Vierzon (Cher) est la seule agence de métropole à figurer dans les quinze agences aux « portefeuilles » les plus lourds. En moyenne régionale, c'est le Nord - Pas-de-Calais, au taux de chômage record (12,8 %), qui compte les agences les plus chargées de métropole, avec en moyenne 133,6 chômeurs par conseiller, mais cela reste bien moins que la Guyane (180,8) ou La Réunion (207,6).
A l'opposé du spectre, l'agence de l'Ile-Rousse, en Corse, fait toujours figure d'agence la plus accueillante en métropole, avec seulement 49,7 chômeurs par conseiller. La Corse dans son ensemble semble particulièrement bien dotée, avec 100,2 chômeurs par conseiller. Avec un ratio de 96,6 demandeurs d'emploi par agent, la Basse-Normandie fait toutefois figure de région la plus choyée. Rhône-Alpes, au taux de chômage le plus faible de France (8,6 %), compte de son côté six des quinze agences les moins chargées du pays (Pontcharra, Saint-Jean-de-Maurienne, Albertville…).
« LES ÉCARTS SONT BEAUCOUP MOINS ÉLEVÉS QU'ON NE L'A DIT »
Ces données confirment le constat déjà dressé en septembre 2013. Pôle emploi ne répartit pas forcément ses moyens en fonction des besoins, puisque les territoires au chômage le plus élevé sont souvent ceux où les conseillers sont le moins nombreux. « Les écarts sont beaucoup moins élevés qu'on ne l'a dit », a défendu Jean Bassères, le directeur de Pôle emploi, dans un entretien aux quotidiens du groupe Ebra publié lundi. Les 2 000 postes en renfort obtenus en 2013 ont en effet permis de les réduire.
Globalement, 88 % des conseillers ont un « portefeuille » inférieur aux limites maximales nationales. Par ailleurs, les écarts se sont légèrement réduits, l'écart-type à la moyenne passant de 22,9 à 20,7.
Localement, Douai (Nord), parmi les dernières du classement en septembre, avec 192 chômeurs par conseiller, a par exemple bénéficié de six postes supplémentaires. De quoi faire descendre ce ratio à 162 chômeurs et placer l'agence à la 21e place de la seule métropole. La Picardie (11,5 % de chômage), qui caracolait en tête avec plus de 150 chômeurs par conseiller, est de son côté redescendue à 126, un ratio qui reste toutefois bien supérieur à la moyenne nationale. Mêmes tendances dans plusieurs villes de Seine-Saint-Denis, qui ont bénéficié de renforts, à l'image de Saint-Denis ou de Tremblay-en-France.
Mais, dans le même temps, d'autres agences sensibles, comme Créteil ou Chennevières-sur-Marne (Val-de-Marne), ont perdu des conseillers et grimpent dans le classement des agences aux charges de travail parmi les plus élevées.