Je suis une jeune salariée de Pôle emploi. aurore-boreale@orange.fr
Acteurs Publics 23 septembre 2014
Le gouvernement de Madrid vient d’agréer 80 agences privées qui participeront à la réinsertion des chômeurs aux côtés des agences publiques. Une décision qui intervient après la mise en cause de l’efficacité du service public de l’emploi. Les syndicats dénoncent une privatisation masquée.
Depuis début septembre, des agences privées espagnoles participent à la réinsertion des chômeurs sur le marché du travail en collaboration avec les agences publiques pour l’emploi. Après quatre ans de conflits avec les administrations et les syndicats, le gouvernement de Mariano Rajoy a enfin pu agréer 80 agences privées en juin dernier sur 200 agences candidates.
La mission de ces agences privées est d’opérer en sous-traitance des services de placement des chômeurs inscrits. Un accord-cadre a été établi par le ministère du Travail, qui prévoit un financement de 200 millions d’euros sur deux ans, renouvelable sur deux autres années.
L’objectif pour le gouvernement est d’accélérer le retour sur le marché du travail d’une partie des chômeurs alors que 25 % de la population active espagnole n’a pas d’emploi. L’efficacité du service public de l’emploi est remise en question car les 3 000 conseillers pour l’emploi n’interviennent que dans 2 % des cas où le chômeur retrouve du travail alors que, selon les études, les agences privées sont parties prenantes dans près de 14 % des cas.
Scepticisme des syndicats
La gestion de cette coopération va se dérouler au niveau des 17 régions, communautés autonomes qui ont la compétence en matière de politiques de l’emploi. Concrètement, les agences seront rémunérées entre 300 et 3 000 euros selon la difficulté des cas de réinsertion, selon qu’il s’agit d’un emploi à temps partiel ou à temps plein. Seule condition : que les personnes soient employées pour plus de six mois.
En désaccord depuis des années avec la réforme du travail de 2010 renforcée par celle de 2012, les syndicats s’élèvent contre ce qu’ils appellent “une privatisation d’un service public”. Certes, l’accord-cadre prévoit que les entreprises agréées prennent en charge des personnes éloignées du marché de l’emploi comme les chômeurs de longue durée, les personnes de plus de 50 ans et les handicapés.
Mais les principaux syndicats espagnols, la CCOO et l’UGT, s’inquiètent du fait que ces agences privées se chargent des cas les plus aisés et reportent les dossiers les plus délicats sur le service public. Ils soulignent que “les chômeurs de longue durée seront traités par le service public, dont les dotations sont en baisse croissante depuis des années”. Les syndicats préviennent enfin : “ces agences privées échapperont à tout contrôle de l’administration”.