Je suis une jeune salariée de Pôle emploi. aurore-boreale@orange.fr
France Inter émission du 5 décembre 2014
Depuis 2005, Pôle Emploi peut déléguer une partie du flux des demandeurs d'emploi à des opérateurs privés. Un marché juteux de plus de 250 millions d'euros pour ces sociétés qui gèrent plus de 250 000 demandeurs d'emploi. La particularité de ces demandeurs ? Ce sont les plus en difficulté, les plus éloignés du marché de l'emploi.
Ces sociétés s'engagent théoriquement à leur fournir un accompagnement individuel et renforcé. Oui ... mais ça c'est la théorie car en pratique, le rendez-vous individuel se transforme souvent en rendez-vous collectif. Une pratique qui choque Jean-Charles Steyger, il est délégué syndical FSU à Pôle Emploi.
Des pratiques à ne toutefois pas généraliser mais qui ont bel et bien existé. Notamment au sein d'une société : C3 Consultants. Cette entreprise … elle a gagné beaucoup d’argent grâce aux contrats d’autonomie. Des contrats promis à 100 000 jeunes des quartiers sensible, c'était dans le cadre du plan banlieue de Nicolas Sarkozy en 2008. En Seine Saint Denis … l’entreprise affirmait avoir trouvé du travail pour 90% des jeunes qu’elle suivait … Bilan excellent … mirifique même. Mais bilan trop beau pour être vrai pour Pascal Bioret, ancien délégué CFDT. Il s’est rendu sur place pour comprendre comment ces taux pouvaient être atteints.
Il faut dire qu’un jeune placé rapportait 7 500€ à la société. Quand on sait que plus de 50 000 contrats ont été signés … faites le calcul ça représente des sommes énormes.
Et puis ce qui a provoqué ces dérives au sein de C3 Consultants … c’est que les conseillers touchaient un pourcentage sur chaque jeune placé.
L’inspection générale des affaires sociales, l’IGAS, a enquêté sur ces contrats d’autonomie… Verdict : une fraude estimée à 13 millions d’euros. Le parquet de Bobigny a donc ouvert une enquête … qui est actuellement en cours.
De son côté … la Cour des comptes a aussi épinglé Pôle Emploi. Selon la Cour, l’opérateur public a fait appel à des sociétés privées pas assez fiables et les contrôles mis en place étaient insuffisants. Des accusations que récuse Thomas Cazenave, c’est le directeur général adjoint de Pôle Emploi.
Pôle Emploi a beau nier … il n’empêche : depuis que ce scandale a éclaté, sa politique a changé. D’abord, les contrôles ont été renforcés. Ensuite l’opérateur public va confier aux sociétés privées, non pas les chômeurs les plus difficiles à suivre, mais les plus faciles.
Malgré toutes les dérives ... le placement privé des chômeurs a toujours la côte. Et l'explication n'est pas dure à comprendre : les chômeurs suivis par ces opérateurs privés n’apparaissent plus dans la catégorie A des demandeurs d’emploi. Ils restent chômeurs, certes … mais pas dans la catégorie principale, celle dont l’évolution est suivie par tous les médias. Envoyer des chômeurs vers ces opérateurs, c’est cacher … au moins temporairement … une partie des demandeurs d’emploi alors que la barre symbolique des 6 millions de demandeurs d’emploi toute catégorie confondue a été franchie.