Je suis une jeune salariée de Pôle emploi. aurore-boreale@orange.fr
Libération 8 janvier 2015
REPORTAGES
Pôle Emploi de Lille Fives, à midi. Dehors, il pleut des cordes. On ne sait pas trop où faire la minute de silence. Dans une salle de réunion, sans les chômeurs, ou dans le hall, avec eux ? Ce sera dans le hall, décide la directrice, Fabienne Lelong. Mohamed, maçon-finisseur, a rendez-vous. On lui annonce la minute de silence à venir, ses yeux s’embuent : «Ceux qui ont fait ça ne sont pas humains. Leur corps, oui, mais pas leur cœur. Faire disparaître des personnes de la vie sans aucun motif, on ne peut même pas le penser.» Il ajoute : «Journalistes, maçons, ouvriers, policiers, on est ensemble. On a tous un rôle à jouer, on peut pas nous séparer.»L’église toute proche sonne le glas, et la caserne des pompiers d’en face fait retentir sa sirène. Une dizaine de salariés et de chômeurs en cercle, debout dans le hall.
Deux femmes se tiennent par le bras. Mohamed reste en retrait, il ne veut pas être sur la photo. Corinne, cadre dans l’insertion en recherche d’emploi aussi, s’approche. Elle était place de la République la veille, contre «tout ce qui arrive. J’avais déjà été indignée par la mort d’Hervé Gourdel». Elle ne lisait pasCharlie Hebdo.«Je l’achèterai.» Emu aux larmes à la fin du recueillement, Mohamed secoue la tête et répète : «C’est pas possible. C’est pas possible.» Les salariés de Pôle Emploi n’ont pas été autorisés à parler à Libération.
Haydée Sabéran (à Lille)