Je suis une jeune salariée de Pôle emploi. aurore-boreale@orange.fr
Le Huffington Post 26 mars 2014
Quand Michel Sapin doute des chiffres de Pôle emploi
CHÔMAGE - Malgré l'aveu d'échec sur l'inversion de la courbe avant la fin 2013, le gouvernement est toujours contraint de se justifier sur le chômage. Et quand les données sont particulièrement mauvaises, l'exercice est d'autant plus périlleux. Selon les chiffres de Pôle emploi en février, les demandeurs d'emploi supplémentaires étaient 8900. Une énorme hausse, en comparaison de la décélération observée ces derniers mois.
Du coup, Michel Sapin adapte son argumentaire. Dans son communiqué envoyé le 26 mars, le ministre du Travail préfère s'en prendre aux méthodes de calcul de ses troupes. Il note ainsi que "ces chiffres contrastent avec les derniers indicateurs disponibles sur le front de l’emploi". Ne cherchez plus, il préfère parler du taux de chômage fourni par l'Insee.
En plus de Pôle emploi, l'institut de statistiques dresse son propre bilan de l'emploi. Le seul qui est reconnu à l'international, mais aussi souvent le plus flatteur. De quoi pousser le ministre à renier ses propres équipes. Car Pôle emploi est directement placé sous son autorité.
Divergence grandissante entre Pôle emploi et Insee
Il note "une divergence grandissante entre l’évolution du nombre des inscrits à Pôle emploi et celle du nombre de chômeurs au sens du Bureau international du travail (retenu par l'Insee)". Ici, Michel Sapin n'oublie pas non plus de noter que les données de l'Insee sont une "référence internationale". Au contraire de Pôle emploi.
Ses équipes pourraient donc voir leurs méthodes de travail revues. Une façon, pour le gouvernement, d'attendre avec moins d'anxiété chaque fin de mois. "Cette divergence, observée en 2013, devra être analysée au 1er trimestre 2014" explique Michel Sapin. Il faudra "comprendre les raisons d’une dynamique plus forte des inscriptions à Pôle emploi, en particulier pour les plus âgés, alors que les autres indicateurs du marché du travail s’améliorent".
L'Insee a communiqué des résultats positifs sur le 4ème trimestre 2013. Une baisse surprise de 0,1%, alors que Pole emploi alignait les mauvaises nouvelles. Sur l'ensemble de l'année passée, l'Insee a estimé que le nombre de chômeurs est resté quasi-stable en 2013 à 2,8 millions, alors que de son côté, Pôle emploi a compté près de 175.000 demandeurs d'emplois de plus en catégorie A (aucune activité au cours du mois). Pire: Pôle emploi comptabilisait 3,3 millions de chômeurs, soit 500.000 de plus que l'Insee.