Je suis une jeune salariée de Pôle emploi. aurore-boreale@orange.fr
Les nouvelles recrues
Le Parisien 24 juillet 2013
Abercrombie & Fitch, la marque américaine branchée qui fait rire et génère 173 millions de dollars de bénéfices en 2012, est dans le collimateur de Dominique Baudis. Le Défenseur des droits souhaite examiner les «conditions et processus de recrutement au sein de la société». Soupçonnant des pratiques discriminatoires fondées sur l'apparence physique, il s'est auto-saisi de ce sujet le 15 juillet.
Vendeurs torses nus et taille 42 bannie
La plastique de ses employés ? Abercrombie & Fitch en a fait sa marque de fabrique et sa vitrine. Devant la boutique des Champs-Elysées, les touristes font la queue pour faire une expérience de shopping hors normes. A l'intérieur dans les espaces éclairés comme une boîte de nuit, de magnifiques vendeurs torses nus attendent les clientes. D'autres vêtus évoluent dans les étages, en jouant la carte du super cool. «Hey, what's going on ? (Salut, quoi de neuf ?) demandent-ils aux adolescentes rosissantes. Mais aussi à leurs mères, qui de fait, achètent les sweat-shirts aux gros logos, ou les petits tops sexy de la collection.
Problème, quand les ados dépassent la taille 40, elles n'ont plus qu'à prendre la porte. Depuis mai 2013, le PDG de la marque a fait retirer des rayons femmes les tailles XL et XXL. Des mesures radicales et assumées qui confortent le positionnement de la marque. «C'est pour cela que nous embauchons des gens beaux dans nos magasins. Parce que les gens beaux attirent d'autres gens beaux, et nous voulons nous adresser à des gens cool et beaux», affirme Mickael Jeffries dans une interview accordée au magazine Salon, en 2006. Avant de conclure : «Beaucoup de gens n'ont rien à faire dans nos vêtements. Sommes-nous exclusifs ? Absolument». Aujourd'hui, le patron s'est aussi attaqué à la couleur noire, désormais exclue des collections. Elle est «jugée trop formelle», selon le PDG, qui aurait été recalé à un casting de «beaux gosses».
37,8 millions d'euros de dédommagement en 2005 pour arrêter une procédure
«Nous avons décidé de faire une enquête à la lumière de ce que nous avons observé en France et à l'étranger» explique Dominique Baudis, joint par le Parisien.fr. Dans sa décision d'auto-saisine, que s'est procuré le Monde, M. Baudis rappelle que la société, qui possède en france, outre l'emblématique magasin des Champs-Elysées, une boutique dans le centre commercial So Ouest de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), a déjà été lourdement condamnée aux Etats-Unis pour discrimination raciale à l'embauche. Lors d'un recours collectif en avril 2005, plusieurs plaignants affirmaient s'être vu refuser un emploi chez Abercrombie en raison de leur origine, ou, pour d'autres, avoir été contraints de travailler à des postes où ils ne pouvaient être aperçus par les clients de la marque. Si l'entreprise a nié ces pratiques discriminatoires, elle s'est acquittée, en décembre de la même année, d'un dédommagement de 50 millions de dollars (37,8 millions d'euros) pour mettre fin à la procédure.
Aujourd'hui, le groupe propose toujours des offres d'emploi pour «mannequin H/F», qui cacheraient pour pour le Défenseur des droits, un emploi de vendeur. «Si des exigences professionnelles peuvent légitimer la prise en compte de l'apparence physique dans le cadre du recrutement de mannequins, il en est autrement pour des postes de vendeurs», conclut-il pour expliquer son enquête.