Je suis une jeune salariée de Pôle emploi. aurore-boreale@orange.fr
Les Echos 14 janvier 2015
Le délai du Conseil d’Etat pour mettre en œuvre le CV anonyme est écoulé.
Le gouvernement se prononcera en mars
Neuf ans après son inscription dans la loi du 31 mars 2006 pour l’égalité des chances, le CV anonyme obligatoire finira-t-il par entrer en vigueur ? Rien n’est moins sûr. Mais l’association antiraciste La Maison des potes reste décidée à maintenir la pression sur le gouvernement. Début juillet, saisi par cette association, le Conseil d’Etat avait donné six mois à l’exécutif pour publier les décrets d’application nécessaires. L’injonction est restée sans effet alors que le délai est arrivé à échéance vendredi. En réaction, l’association a de nouveau saisi le Conseil d’Etat, pour réclamer une astreinte envers l’Etat de 1.000 euros par jour de retard.
Pas de quoi, toutefois, faire varier la position du ministère du Travail : il « attend » les conclusions, « début mars », du vaste groupe de travail (Etat, experts, associations, juristes, partenaires sociaux) installé cet été. Mais, prévient la Rue de Grenelle, le débat ne se limitera pas au seul CV anonyme. De fait, comme ses prédécesseurs, le gouvernement n’est pas enclin à miser sur cet outil, dont l’impact réel fait débat (une expérimentation du Conseil régional de l’Essonne vient de révéler des résultats très positifs, en contradiction avec ceux d’une précédente étude, en 2011, de Pôle emploi), dont la généralisation est jugée complexe à mettre en œuvre, sur lequel les syndicats sont hésitants et dont le patronat ne veut pas... « Le CV anonyme serait sans doute largement contourné. On cherche des mesures moins bling-bling mais avec plus d’effets », confie un proche du dossier.
Imposer un registre des candidatures reçues
Plusieurs outils sont étudiés de près, comme le CV vidéo, testé par la Fondation Agir contre l’exclusion, ou les recrutements par simulation, une méthode lancée par Pôle emploi depuis quinze ans, qui donnent des résultats intéressants mais coûtent cher. Les réflexions portent aussi sur des pratiques en vogue dans les grands groupes, comme l’auto-testing (faux CV envoyés aux recruteurs pour vérifier qu’ils ne discriminent pas) ou des forums de recrutement dédiés aux jeunes des quartiers dits « difficiles ».
Samuel Thomas, président de La Maison des potes, rétorque que « toutes ces mesures sont l’apanage d’une centaine de grandes entreprises ». Selon lui, si le CV anonyme à lui seul n’est pas la panacée, « le rendre obligatoire permettrait de faire enfin bouger les lignes dans les 25.900 autres entreprises de plus de 50 salariés ». Deux autres pistes à l’étude semblent plus consensuelles : imposer la formation des recruteurs à la lutte contre les discriminations et imposer un registre des candidatures reçues dans les entreprises.
Au-delà du volet lutte contre les discriminations dans le recrutement, le groupe de travail doit aussi rendre ses préconisations sur les volet déroulement de carrière et sanctions des employeurs. L’exécutif les attend pour se prononcer également sur la piste des actions de groupe, défendue par le rapport Pécaut-Rivolier de fin 2013.