Je suis une jeune salariée de Pôle emploi. aurore-boreale@orange.fr
Est Républicain 5 octobre 2013
L’ex-Directeur de Pôle Emploi, 63 ans, était cité à la barre pour harcèlement et dégradations des conditions de travail pour trois employés : surveillance tatillonne, isolation de personnels, attitude humiliante, vexations, menaces…
La première employée, travailleuse handicapée, a eu, le 24 novembre 2011, une altercation très forte avec le prévenu qui lui reprochait d’être encore dans les locaux alors qu’elle avait été affectée à l’Afpa. L’homme reconnaît les échanges vifs, mais nie toute agression. « Elle ne voulait pas partir » explique-t-il. « J’ai voulu régler le problème dans mon bureau. Elle s’est mise à hurler, moi aussi . » Pourtant, de nombreux témoignages, lus par le président, Therolle l’accablent. Le 3 décembre, l’employée porte plainte. En mars 2012, un deuxième employé porte plainte. Il subissait des réflexions récurrentes sur la qualité de son travail et, selon lui, le directeur avait organisé son isolement. Là encore, des témoignages viennent étayer sa plainte. Le prévenu nie : « Il m’avait pris en grippe, mais je ne l’ai jamais harcelé ». Le président lira aussi le rapport d’audition d’une troisième employée, blessée par l’attitude du directeur.
En interne, à Pôle Emploi, en mars, un audit a lieu, après le signalement des trois employés à la direction régionale et nationale. 22 agents seront entendus. Le juge résume le rapport remis en avril : « La cabale contre le directeur ne tient pas, les témoignages sont cohérents… ».
Le rapport évoque de graves fautes professionnelles. Peu temps après, le directeur recevra alors une lettre de licenciement. Il a porté l’affaire devant les prud’hommes. Pour Me Muller, avocat d’une des parties civiles, « Il a montré une volonté évidente d’être vexant et humiliant et a fait régner un climat malsain au sein de Pôle Emploi. Il a eu un management pathogène ». Pour Me Mougin, avocat d’une autre employée, « il n’a pas conscience du mal qu’il a fait autour de lui ».
Pour le ministère public, les faits de harcèlement sont établis et de demander au tribunal de condamner le prévenu à trois mois de prison avec sursis et à 500 € d’amende.
Me Debeaumont, avocat de la défense, a essayé de minimiser les faits qui sont reprochés à son client, relevant que, dans ce dossier, « il n’y avait pas beaucoup de certitudes et qu’il fallait replacer les faits dans leur contexte ». L’avocate a souligné aussi le mauvais état de santé de son client, un rapport d’inspection incomplet et a demandé sa relaxe, indiquant, que, dans ce dossier, le directeur était un bouc émissaire. « Si le climat est malsain, c’est la faute de Pôle Emploi », a-t-elle précisé. Le jugement a été placé en délibéré au 30 octobre à 8 h 30.