Je suis une jeune salariée de Pôle emploi. aurore-boreale@orange.fr
Acteurs Publics 12 avril 2013
Penser la réforme de l’État et les politiques publiques de demain. Telle sera la mission du “Laboratoire de l’innovation publique”, mis sur les rails le 10 avril (photo). Ou quand les fonctionnaires se mettent à la place des usagers.
“Remue-méninges”, “Débugage”, “Micro-immersion”, “Vis ma vie”… Ces groupes de réflexion aux consonances étranges ont planché, toute la journée du 10 avril, sur les contours du futur Laboratoire de l’innovation publique de l’État. Réunis à l’initiative du secrétariat général pour la modernisation de l’action publique (SGMAP), à Paris, dans les locaux de l’École nationale supérieure de création industrielle, quelque 80 participants pour beaucoup venus de la haute fonction publique ont couché, sur de grands panneaux de carton qu’ils ont recouverts de Post-it, leurs propositions pour repenser l’action publique.
“Ce laboratoire sera un outil au service de toutes les administrations, confie Jérôme Filippini, le secrétaire général de la modernisation de l’action publique. Il permettra d’esquisser les politiques publiques de demain au plus près des attentes des usagers.” “Dans les années à venir, nous aurons besoin d’encore plus d’action publique, prolonge la ministre de la Réforme de l’État, Marylise Lebranchu, venue conclure la journée. Il faut dès à présent réfléchir aux formes que prendra cette action.”
Faire “remonter” les initiatives locales
Inspiré d’un organisme danois [lire ci-dessous], le laboratoire aura pour mission d’esquisser l’État et les politiques publiques du futur. D’abord en trouvant des solutions nouvelles inspirées de ce qui se fait en France, notamment dans les collectivités. Ensuite en expérimentant ces solutions à petite échelle. Enfin en les partageant avec les responsables d’administrations tout au long de leur “fabrication”.
Un concept fumeux ? Plutôt une approche nouvelle de la réforme de l’État, répond en substance Marylise Lebranchu, puisque cette approche permettra d’appréhender l’innovation publique autrement que dans un cadre budgétaire ou comptable. Ainsi, le 10 avril, le groupe de réflexion“Vis ma vie” s’est mis toute la journée dans la peau d’un demandeur d’emploi en prise avec les différents services d’un département, d’une région ou de Pôle emploi. Conclusion de l’intervenante : “Les concepteurs d’un dispositif ne sont pas toujours en phase avec les utilisateurs.”
De son côté, le groupe “Micro-immersion” s’est investi dans un jeu de rôle sur “l’égalité des chances dans l’éducation supérieure”, enquêtant au sein même de l’établissement hôte, l’École nationale supérieure de création industrielle. L’occasion de découvrir qu’une souriante employée en charge depuis des lustres de tâches administratives pouvait non seulement analyser l’enjeu de “l’égalité des chances”, mais aussi restituer l’histoire des dernières décennies de l’établissement. “Il ne faut pas réduire les personnels à leurs seules fonctions”, rapporte l’une des enquêtrices, désormais convaincue qu’une administration ne peut efficacement se réformer sans associer ses agents.
Deux exemples qui témoignent de ce que pourrait être le futur Laboratoire de l’innovation publique. Un catalyseur et un expérimentateur d’idées, espère l’un des participants, qui prévient : “Attention à ne pas réinventer l’eau chaude.”