Je suis une jeune salariée de Pôle emploi. aurore-boreale@orange.fr
Agentur fûr Arbeit: le Pôle emploi allemand
Le faible taux de chômage des jeunes est l'une des principales caractéristiques du modèle allemand. Angela Merkel ne devrait pas manquer de s'en prévaloir lors de la conférence européenne que Berlin organise le 3 juillet. De fait, avec un taux de chômage des 15-24 ans compris entre 6 % et 8 % selon les méthodes de calcul, l'Allemagne peut s'enorgueillir d'avoir un des niveaux les plus bas d'Europe, avec l'Autriche et les Pays-Bas. Cette performance doit-elle être mise – comme l'affirme le gouvernement, mais aussi une grande partie de l'opposition allemande – sur le compte du système de formation en alternance qui serait particulièrement adapté aux besoins de l'économie ? Une étude récemment publiée par le DIW, l'un des plus importants instituts de recherche économique allemand, permet d'en douter. Selon son auteur, Karl Brenke, la principale raison du "miracle allemand" en la matière est l'évolution démographique. Certes, le taux de chômage des 15-24 ans a chuté de 50 % depuis 2005. Sur 100 jeunes, 44 poursuivent leurs études, 16 sont en formation professionnelle, 31 travaillent, 5 sont au chômage et 4 ne rentrent dans aucune catégorie précise. Des chiffres à peu près constants ces dernières années. Mais depuis 2005, le nombre de jeunes âgés de 15 à 24 ans a diminué de plus de 600 000 personnes (sur près de 10 millions en 2005), un phénomène particulièrement sensible à l'est. Le nombre de candidats à une place en apprentissage est ainsi passé de près de 800 000 en 2005 à moins de 600 000 actuellement. LES LIMITES DE L'APPRENTISSAGE Qui plus est, si le taux de chômage des jeunes constitue un phénomène marginal en Bavière et dans le Bade-Wurtemberg, les Etats-régions les plus dynamiques du sud du pays, il reste compris entre 13 % et 15 % dans certaines cités industrielles de la Ruhr ou certaines villes comme Berlin et Bremerhaven. Enfin, même l'apprentissage ne constitue pas la panacée. D'abord parce qu'un quart des jeunes qui suivent une telle formation abandonnent avant la fin. Ensuite parce que le nombre de places en apprentissage a tendance à diminuer. Enfin, parce que l'apprentissage concerne encore trop souvent des professions très typées (coiffeuses pour les filles, peintres en bâtiment pour les garçons) qui n'offrent pas toujours de débouchés. "D'un point de vue qualitatif, l'offre de formation est loin d'être optimale", note Karl Brenke qui remarque que dans de nombreux secteurs, les apprentis ont surtout comme intérêt de rapporter plus qu'ils ne coûtent. Conclusion de l'auteur : "Actuellement, de nombreux entrepreneurs, notamment du sud de l'Allemagne font de la publicité pour attirer des jeunes notamment des pays en crise du sud de l'Europe. Alors qu'il y a encore en l'Allemagne un nombre considérable de jeunes à la recherche d'une formation ou d'une place de travail." Une conclusion politiquement incorrecte mais qui, pour le moment, n'a pas été contestée.