Je suis une jeune salariée de Pôle emploi. aurore-boreale@orange.fr
20 Minutes 13 février 2013
Un homme âgé de 41 ans, Djamal Chaab, est décédé ce mercredi en s’immolant par le feu devant une agence Pôle emploi située dans une zone industrielle à l’est de Nantes.
La victime, un chômeur en fin de droit d'indemnisation, s'était aspergé d'essence, a-t-on appris de sources policières.
Le désespéré avait informé Pôle emploi ce matin de la de sa volonté de mettre fin à ses jours. Pôle emploi a alors prévenu la police qui a mis en place un dispositif de surveillance au domicile de la victime.
Malgré la mise en place d’une méditation et du dispositif de surveillance, l’homme a atteint le parking de l'agence et est passé à l’acte en s’aspergeant d’essence, vers midi. Arrivés sur place, la police et les pompiers n’ont pu que constater le décès.
D'après l'AFP, plusieurs médias locaux avaient également reçu un mail de cet homme annonçant son intention de passer à l'acte dans la semaine devant son agence de Nantes-Est, pour protester contre le rejet de son dossier alors qu'il estimait avoir travaillé suffisamment d'heures.
«Lundi 11 février, le demandeur d’emploi s’est présenté à l’agence Pôle emploi Nantes Est. Une conseillère l’a reçu pour lui expliquer la règlementation appliquée. Le lendemain, le demandeur d’emploi a repris contact avec Pôle emploi et a fait part de son intention de mettre fin à ses jours devant l’agence» confirme Pôle emploi dans un communiqué. «Les équipes de Pôle emploi l’ont immédiatement recontacté pour rechercher avec lui les solutions possibles. Dans le même temps, Pôle emploi a alerté les pompiers et les forces de l’ordre. Malgré toutes ces dispositions, le demandeur d’emploi s’est rendu ce matin aux abords de l’agence et est passé à l’acte».
Une autopsie et des analyses seront pratiquées, selon le procureur de Nantes, Brigitte Lamy. Choqués, les personnels de Pôle emploi reçoivent actuellement un soutien psychologique.
La direction de Pôle Emploi à Paris a confirmé ce suicide et que l'homme était bien inscrit dans cette agence et en fin de droits, «Cette personne avait déposé fin décembre une demande d’allocation suite à une fin de mission intérimaire. Les conditions d’ouverture de droits à l’assurance chômage n’étant pas réunies, une demande d’allocation spécifique de solidarité (ASS) lui a donc été remise», précise Pôle emploi dans le communiqué. L’agence Pôle emploi est fermée depuis.
Le Nouvel Observateur
Les mails publiés sur le site de Presse Océan sont poignants. "Aujourd'hui, c'est le grand jour pour moi car je vais me brûler à Pôle emploi. J'ai travaillé 720 h et la loi, c'est 610 h. Et Pôle emploi a refusé mon dossier". Mardi 12 février, 10h12. Suivi de ce courriel transmis au journal à 12h55 : "Je suis allé à Pôle emploi avec 5 litres d'essence pour me brûler, mais c'est fermé le 12/02/2013 ; alors ça sera demain le 13 ou le 14, car ce serait vraiment préférable au sein de Pôle emploi merci".
Mercredi 13 à midi, l’expéditeur de ces mails, appelons le H, s’est effectivement immolé par le feu devant l’agence Pôle Emploi de Nantes. "Tout est parti d’un courrier qu’il a reçu vendredi 8 février de Pôle Emploi lui signifiant qu’il était en fin de droits", explique Philippe Cussac, directeur départemental de la sécurité publique, à Nantes. H était ensuite revenu lundi à l’agence pour protester. Mardi encore à 10h, l’agence étant fermée, il a rappelé et laissé des messages. Expliqué qu’il avait pris des médicaments et qu’il voulait se suicider.
Pôle Emploi avait prévenu les sapeurs pompiers qui avaient débarqué chez H. Fausse alerte : l’homme n’avait pas donné suite à son geste. H. envoie ensuite des courriels aux médias locaux.
Veut-il juste attirer l’attention ? La police prend en tout cas ces signaux très au sérieux. "Mercredi à 8 heures du matin, on l’a appelé sur son portable, mais il ne répondait pas. On est ensuite allé chez lui, mais nous avons tambouriné à sa porte, il n’y avait l’air d’avoir personne" poursuit Philippe Cussac. "Comme il avait bien spécifié qu’il voulait s’immoler à l’intérieur de l’agence, on a posté trois agents. Un à l’intérieur, un sur le parvis, un à la porte".
Malgré tout ce dispositif de vigilance, sur le coup de midi, les fonctionnaires de police voient débarquer un homme, les bras levés, en feu, déboulant d’une rue adjacente. Quand H arrive devant la porte de Pôle Emploi, embrasé, il est déjà presque mort. Les secours n’arriveront pas à le ranimer. Selon la police, H avait pris le bus pour arriver à Pôle emploi. A 80 mètres de l’agence, près de l’abribus, un sac plastique a été retrouvé. Il contenait une bouteille en plastique d’eau de Javel, vidée, qui contenait vraisemblablement l’essence, et un briquet.
H, 43 ans, était marié. "Il était inconnu des services de police, un profil sans histoire". Pôle Emploi lui avait trouvé par le passé un stage de chaudronnerie. Sa femme, sous le choc, a été auditionnée par la police. Selon elle, le couple connaissait de gros problèmes financiers.
Doan Bui - Le Nouvel Observateur

Un homme de 43 ans est mort en s'immolant par le feu devant une agence de Pôle emploi à Nantes, mercredi 13 février en milieu de journée. Le premier ministre et ancien maire de Nantes, Jean-Marc Ayrault, a exprimé sa "très forte émotion". Venu sur place avec le directeur de Pôle emploi, Jean Bassère, le ministre du travail, Michel Sapin, a estimé que "tout a[vait] été fait" pour empêcher cet acte. "Il y avait ici ce matin tous les services de Pôle emploi et les services extérieurs en termes de police et de pompiers pour faire face à un drame dont on connaissait l'intensité : tout a été fait, ce qui s'est passé ici est exemplaire", a-t-il jugé. Les règles [d'indemnisation] ont été appliquées avec l'humanité qui convient, avec les explications nécessaires, mais il y a parfois des moments où on est dans une telle situation qu'on ne comprend plus les explications."
L'homme, un chômeur en fin de droits d'indemnisation, avait prévenu lundi plusieurs médias locaux de son intention de passer à l'acte dans la semaine devant son agence de Nantes-Est, pour protester contre le rejet de son dossier alors qu'il estimait avoir travaillé suffisamment d'heures. Le quotidien local Presse Océan a publié sur son site deux courriels envoyés mardi par cet homme :
Mardi 12 février, 10 h 12 : "Aujourd'hui, c'est le grand jour pour moi car je vais me brûler à Pôle emploi. J'ai travaillé 720 h et la loi, c'est 610 h. Et Pôle emploi a refusé mon dossier."
Mardi 12 février, 12 h 55 : "Je suis allé à Pôle emploi avec 5 litres d'essence pour me brûler, mais c'est fermé le 12/02/2013 ; alors ça sera demain le 13 ou le 14, car ce serait vraiment préférable au sein de Pôle emploi merci."
"IL EST ARRIVÉ, DÉJÀ EN FLAMMES"
Un policier, cité par le quotidien local, affirme que "[mercredi à 8 heures] nous avons essayé de joindre cet homme, mais il ne répondait pas." Il explique ensuite qu'"une surveillance a été mise en place aujourd'hui, à proximité de l'agence Pôle emploi. Mais cet homme est arrivé par une rue adjacente. Il était déjà en flammes. Et hors de la vue des policiers."
Le lendemain, il a appelé l'agence pour menacer de se suicider. Dans un communiqué, Pôle emploi affirme que ses équipes "l'ont immédiatement recontacté pour rechercher avec lui les solutions possibles". "Dans le même temps, Pôle emploi a alerté les pompiers et les forces de l'ordre", ajoute l'administration.
En août, un chômeur âgé de 51 ans s'était immolé par le feu devant son conseiller en emploi dans la banlieue parisienne. Il avait également succombé à ses blessures.
Pour la CFDT, "ce drame vient rappeler brutalement la terrible réalité quotidienne du chômage". "Les demandeurs d'emploi ne sont pas des statistiques. Derrière chaque demandeur d'emploi, il y a une personne, un parcours, un foyer, rappelle le syndicat dans un communiqué. L'événement tragique de ce mercredi nous rappelle que l'emploi doit être la priorité pour tous. Il doit être accessible y compris aux personnes en chômage de longue durée. Et l'accompagnement des demandeurs d'emploi en fin de droits est une nécessité aujourd'hui plus que jamais."
Marie-Arlette Carlotti, ministre déléguée chargée des personnes handicapées et de la lutte contre l’exclusion, se rend justement à Nantes demain jeudi pour lancer le plan pluriannuel de lutte contre la pauvreté :
« Je suis profondément attristée par ce drame, qui survient chez un homme encore jeune, un chômeur de 42 ans. Je présente mes sincères condoléances, et celles du gouvernement, à sa femme et à sa belle-fille. Mes pensées vont ensuite aux agents de Pôle emploi. Je me suis entretenue avec le directeur régional : c’est le drame de toutes ces administrations qui accueillent des personnes en difficulté. »