Je suis une jeune salariée de Pôle emploi. aurore-boreale@orange.fr
OUEST FRANCE 14 février 2012
L’émotion est vive ce jeudi en France, au lendemain de l'immolation par le feu d'un chômeur en fin de droits ayant annoncé ses intentions en début de semaine, mais qui a déjoué avec détermination les moyens mis en place pour prévenir son geste devant son agence Pôle Emploi.
L’ébauche du scénario du drame
Enquêtant en urgence sur la mort de cet homme, dès mercredi soir, les policiers avaient reconstitué un début de scénario. A prendre avec précaution tant l’enquête ne fait que débuter. Voilà comment ils le détaillent.
Première alerte, mardi matin. L’homme se présente à Pôle emploi pour régler son problème mais il trouve portes closes. Il retourne chez lui, passe des coups de fils à Pôle Emploi pour les informer qu’il a pris des médicaments pour se suicider. Les pompiers sont avisés. Ils débarquent chez l’homme. Lequel aurait répondu qu’il ne passerait pas à l’acte. Qu’il avait proféré cette menace sous le coup de la colère.
Mais dans l’après-midi, Pôle Emploi reçoit plusieurs nouveaux coups de fil de protestation. L’homme menace encore de mettre fin à ses jours. Il annonce qu’il s’immolera, mercredi, dans les locaux de l’agence Est dont il dépend. Branle-bas de combat. Pôle emploi alerte la police et fait appel à un vigile.
Ainsi, mercredi, à 8 h, un équipage se présente à l’appartement du quadragénaire. Pas de réponse. Ni au téléphone ni à la porte. La patrouille reste en planque en bas, surveillant les allées et venues. Vers 10 h, une autre patrouille, comptant trois fonctionnaires, est postée à Pôle Emploi. « Le vigile filtrait les entrées. Un fonctionnaire restait à l’intérieur en dernier rempart. Un autre était posté sur le parvis de l’agence, un dernier restait en surveillance dans une voiture sérigraphiée. »
Cela n’a pas suffi. À midi, l’homme a surgi, en flammes, à l’angle de l’agence. Le vigile s’est empressé de le couvrir d’une couverture tandis qu’un policier vidait un extincteur. En vain.
« On est tous responsables »
Jean Bassères, directeur général de Pôle emploi, a affirmé que les agents de Pôle emploi avaient « le sentiment d’avoir fait tout ce qui était dans leur possibilité ».
« On a essayé de lui expliquer […]. Lorsqu’il nous a indiqué qu’il avait l’intention de s’immoler, on a alerté les services de police et de pompiers. On a réussi à le contacter, on lui a proposé un rendez-vous pour examiner toutes les possibilités de faire face à la situation. Il n’a pas voulu venir et le matin même on a encore essayé d’avoir un contact téléphonique avec lui », a raconté Jean Bassères.
Selon lui, « on est tous responsables dans un tel drame ». « Les agents sur place ont le sentiment d’avoir fait tout ce qui était dans leur possibilité pour éviter ce drame », a-t-il ajouté.
Réactions politiques
De la victime, on savait encore très peu : « C’est une personne pas connue des services, de nationalité algérienne, qui bénéficiait d’un titre de séjour de dix ans, une personne tout à fait banale, normale avec une vie normale dans un quartier normal », soulignait encore Philippe Cussac, Directeur départemental de la sécurité publique (DDSP). Il était marié et aurait notamment fait un stage en chaudronnerie.
Au-delà de l’émotion locale, très vite mercredi, les réactions se sont succédé à l’échelle nationale. Ancien député-maire de Nantes, le Premier ministre Jean-Marc Ayrault a exprimé sa « très vive émotion » tandis que le ministre de l’Emploi Michel Sapin, sur place mercredi, jugeait que « tout a été fait » pour empêcher le drame par les salariés et la direction de Pôle Emploi.
Le Mouvement National des Chômeurs et Précaires a exprimé « sa profonde tristesse » et rappelé que « le taux de suicide parmi les chômeurs est six fois plus élevé que parmi le reste de la population ».
Marie-Arlette Carlotti attendue ce jeudi midi
Le 8 août dernier, en plein entretien avec un conseiller de la Caisse d’allocations familiales (Caf) de Mantes-la-Jolie (Yvelines), un chômeur de 51 ans s’était aspergé de liquide inflammable avant d’y mettre le feu et il était décédé de ses blessures.
Après Michel Sapin, la ministre chargée de la lutte contre l’exclusion Marie-Arlette Carlotti était attendue jeudi vers la mi-journée à la direction régionale de Pôle Emploi, tandis qu’une manifestation, à l’appel notamment de la CGT, est prévue sur les lieux du drame au même moment. François Chérèque, ancien numéro un de la CFDT devenu inspecteur général des affaires sociales, devait accompagner la ministre lors de son déplacement.
Reuters 14 février 2013
L'émotion était vive jeudi 14 février à Nantes mais aussi en France, au lendemain de l'atroce immolation par le feu d'un chômeur en fin de droits ayant annoncé ses intentions en début de semaine.
Lundi 11 février, cet Algérien en situation régulière de 42 ans, s'était vu signifier que, faute d'avoir déclaré à Pôle emploi du travail effectué fin 2012, il devrait rembourser les allocations perçues et que ces heures travaillées ne lui ouvriraient pas de droits à indemnisation.
Une "double peine" prévue par la règlementation que la CGT de Pôle emploi a aussitôt pointée du doigt. Dès mardi, sur le numéro d'appel destiné aux chômeurs inscrits, l'homme a d'abord déclaré qu'il allait se suicider avec des médicaments, selon le Directeur départemental de la sécurité publique (DDSP) Philippe Cussac. Mais cette personne, que certains témoins sur place ont décrit comme "froid", a rassuré les secouristes envoyés chez lui.
Puis, un peu plus tard mardi, il a envoyé d'autres messages, parmi lesquels un mail glaçant reçu par le quotidien Presse-Océan. L'homme y déclare: "Aujourd'hui, c'est le grand jour pour moi car je vais me bruler à pole emploi car j'ai travaillé 720 h et la loi c'est 610 h et le pole emploi a refusé mon dossier, merci au revoir".
Selon la direction régionale de Pôle emploi, des conseillers l'ont alors appelé pour l'aider à trouver des solutions alternatives, tant d'allocations de solidarité que d'étalement de sommes qu'il devait à l'institution.Mais mercredi matin, au domicile de l'allocataire, les policiers ont trouvé porte close. Et les appels de Pôle emploi sont restés sans réponse.
Jean Bassères, directeur général de Pôle emploi, a affirmé que les agents de Pôle emploi avaient "le sentiment d'avoir fait tout ce qui était dans leur possibilité". "On a essayé de lui expliquer (...). Lorsqu'il nous a indiqué qu'il avait l'intention de s'immoler, on a alerté les services de police et de pompiers. On a réussi à le contacter, on lui a proposé un rendez-vous pour examiner toutes les possibilités de faire face à la situation. Il n'a pas voulu venir et le matin même on a encore essayé d'avoir un contact téléphonique avec lui", a raconté M. Bassères. Selon lui, "on est tous responsables dans un tel drame". "Les agents sur place ont le sentiment d'avoir fait tout ce qui était dans leur possibilité pour éviter ce drame", a-t-il ajouté.
Un dispositif de sécurité avec des policiers avait été mis en place dans l'agence de Nantes Est, située au milieu d'une morne zone de sièges et entrepôts d'entreprises. Mais à midi, les témoins, impuissants, ont vu "cette personne arrivant en courant, passer l'angle du bâtiment, en flammes", a raconté M. Cussac. Une couverture a été jetée sur lui, les policiers l'ont arrosé avec un extincteur, mais il était trop tard.
Pour parvenir à ses fins, le désespéré se serait aspergé d'essence et enflammé à l'arrêt du bus qui l'amenait à Pôle Emploi puis il a parcouru en courant les quelques dizaines de mètres qui le séparaient de l'agence, en flammes. "Il a fini au sol de manière triste, après ces cent mètres certainement qui ont été très difficiles, très endurants pour lui", a estimé M. Cussac.
De la victime, on savait encore très peu: "C'est une personne pas connue des services, de nationalité algérienne, qui bénéficiait d'un titre de séjour de dix ans, un personne tout à fait banale, normale avec une vie normale dans un quartier normal", soulignait encore M. Cussac. Il était marié et aurait notamment fait un stage en chaudronnerie.Au-delà de l'émotion locale, très vite mercredi, les réactions se sont succédé à l'échelle nationale.
Ancien député-maire de Nantes, le Premier ministre Jean-Marc Ayrault a exprimé sa "très vive émotion" tandis que le ministre de l'Emploi Michel Sapin, sur place mercredi 13 février, jugeait que "tout a été fait" pour empêcher le drame par les salariés et la direction de Pôle emploi. Le Mouvement National des Chômeurs et Précaires a exprimé "sa profonde tristesse" et rappelé que "le taux de suicide parmi les chômeurs est six fois plus élevé que parmi le reste de la population".
Le 8 août dernier, en plein entretien avec un conseiller de la Caisse d'allocations familiales (Caf) de Mantes-la-Jolie (Yvelines), un chômeur de 51 ans s'était aspergé de liquide inflammable avant d'y mettre le feu et il était décédé de ses blessures.