Je suis une jeune salariée de Pôle emploi. aurore-boreale@orange.fr
SUD OUEST 12 juillet 2013
Le patron est en cuisine. Les mains pleines de farine, il prend quand même le temps d’écouter les deux agents du Pôle emploi et de la Mission locale venus le rencontrer sans avoir annoncé leur passage. « Pourquoi pas ? Tout ce qui fait baisser le coût du travail est bon à prendre. »
Quelques rues plus loin, les deux agents ont cette fois pris rendez-vous avec un commerçant qui les laisse patiemment présenter le dispositif des emplois d’avenir, qu’il connaît mal. « C’est vrai, si vous ne venez pas présenter ces trucs-là, on a tendance à zapper ces infos. »
500 € de moins sur un smicIl attrape un stylo et un bout de papier pour noter un chiffre : 35 %. C’est le pourcentage du smic horaire brut pris en charge par l’État pendant trois ans. « C’est bien, mais il vaudrait mieux nous dire quelle somme exactement il nous resterait à payer. » Le document disponible explique seulement que sur les 1 430 euros d’un smic brut, ces 35 % représentent 500 euros. Ce qui laisse, précise-t-on, à la charge de l’employeur la somme de 930 euros hors cotisations pour un salarié à temps plein.
Qu’ils aient ou non l’intention d’embaucher quelqu’un dans les prochaines semaines, l’argument - même incomplet - laisse rarement les employeurs insensibles. Le fait que ces aides soient disponibles uniquement pour l’embauche d’un jeune de moins de 25 ans, peu ou pas formé, n’est généralement pas considéré comme un obstacle. « Nous ne cherchons pas forcément des diplômés. Nous avons besoin de gens qui ont envie et qui ne font pas semblant », assure un autre commerçant. « Si le jeune a deux mains gauches, ça n’ira pas. Mais s’il est prêt à travailler, nous serons là pour l’aider. »
Les deux agents du Pôle emploi et de la Mission locale ont dans leurs dossiers une série de CV anonymes. Les parcours sont souvent similaires : un brevet des collèges, un CAP ou rien du tout, des stages de courte durée ici ou là, des contrats de quelques semaines comme vendeur ou serveur qui leur permettent de faire valoir quelques compétences professionnelles. Si leur interlocuteur est intéressé, un rendez-vous peut être organisé très rapidement avec un demandeur d’emploi, mais les demandes sont plutôt rares.
Au départ, le dispositif des emplois d’avenir lancé fin 2012 n’avait pas été prévu pour les entreprises. Il avait été presque exclusivement programmé pour les collectivités et les associations avec un objectif clair mais manifestement trop ambitieux : 100 000 contrats en 2013 et 50 000 de plus en 2014.
Quatre contratsLes associations et les collectivités ne se sont pas bousculées pour embaucher des jeunes de moins de 25 ans. Pour essayer malgré tout de peser sur la courbe du chômage, le gouvernement a décidé avant l’été d’étendre le dispositif au secteur marchand. Restait à savoir si ces contrats d’avenir devaient être réservés à quelques secteurs d’activité ou ouverts à l’ensemble des entreprises. C’est cette dernière solution qui a finalement été retenue, mais l’aide de l’État, qui reste de 75 % du smic pour les collectivités et les associations, tombe à 35 % pour le secteur marchand.
À Bordeaux, où les emplois d’avenir ont jusqu’à présent rencontré encore moins de succès que dans le reste de la région, 14 équipes de deux personnes ont sillonné la ville pendant toute une journée, poussant les portes au hasard ou intervenant sur rendez-vous pour « vendre le dispositif et promouvoir des profils de demandeurs d’emploi ». Elles ont réalisé une centaine d’entretiens et rapporté quatre engagements fermes en vue de la signature d’un contrat. Une trentaine d’autres contrats sont considérés comme possibles d’ici au mois de septembre, notamment dans les domaines de la restauration, du commerce de proximité et de la téléprospection.
« Malgré toute la publicité qui a été faite autour des emplois d’avenir, de nombreux employeurs connaissent encore mal ou pas du tout le dispositif », constate Daniel Dartigolles, directeur du Pôle emploi Bordeaux-Mériadeck. « Il faut dépenser beaucoup d’énergie pour le leur présenter. Mais si nous ne faisons pas ça, nous n’aurons rien. »
Au 1er juillet, 1 619 contrats d’avenir avaient été conclus en Aquitaine pour un objectif de 4 275 pour la fin de cette année. En Poitou-Charentes, le cap des 1 000 contrats a été franchi à la fin du mois de juin pour un objectif de 2 306.
Même avec un taux de réalisation de l’ordre de 40 %, le dispositif des emplois d’avenir progresse malgré tout plus vite dans la région qu’au niveau national, où un tiers seulement des contrats prévus ont été signés.